Rencontre

Plongée dans l'univers d'Emmanuel Lepage

Publié le 3 mai 2019
Emmanuel Lepage dans son atelier de Plourhan.
Faire naître une émotion, une réflexion avec du dessin et du texte. Telle est l’alchimie recherchée par Emmanuel Lepage au cours de 34 ans de carrière jalonnés de nombreux prix. L’auteur d’Un printemps à Tchernobyl ou plus récemment d’Ar Men nous reçoit dans son atelier de Plourhan.
Corps

La BD et Emmanuel Lepage, c’est une histoire démarrée très jeune. A l’âge de 6 ans, à la suite d’une opération des yeux, ses parents lui offrent un livre d’Hergé. En préface, une biographie accompagnée d’une photo de l’auteur. « En voyant cette photo, se souvient Emmanuel Lepage, j’ai réalisé qu’il y avait quelqu’un derrière la BD et que ce serait super de passer ma vie à faire ça. Je n’ai jamais pensé faire autre chose ».
Il commence alors à raconter des histoires à travers des saynètes puis, vers 11 ans, réalise ses premières BD. Intervient deux années plus tard la rencontre décisive avec Jean-Claude Fournier, celui qu’il considère comme son maître. L’auteur de plusieurs albums de Spirou et Fantasio va l’initier aux subtilités de la bande dessinée. « Je me souviens la première fois qu’il m’a montré des originaux, c’était très émouvant. A l’époque, c’était le seul auteur de BD en Bretagne. C’est grâce à lui s’il y a aujourd’hui autant de dessinateurs en Bretagne ».

Fournier, le maître

Avec Fournier, Emmanuel Lepage découvre le dessin humoristique de l’école franco-belge. Puis, progressivement, il choisit de s’orienter davantage vers le dessin réaliste. Habitant alors à Rennes, il déménage à Saint-Quay-Portrieux pour venir travailler à Plourhan, auprès de Christian Rossi, un maître dans le domaine du dessin figuratif.
Collaborateur régulier de La Revue dessinée, Emmanuel Lepage s’est également ouvert depuis quelques années à un genre nouveau, celui de la BD-reportage auquel il est souvent identifié. Ainsi, en 2011, il réalise Voyage aux îles de la Désolation, après avoir passé six semaines à bord d’un bateau ravitaillant les îles Kerguelen. Un album dans lequel il associe le croquis de voyage, l’illustration de BD et le texte.

« J’aime dessiner en voyage plus que le voyage lui-même »

En 2012 suivra un autre reportage en bande dessinée : Un printemps à Tchernobyl qu’il considère comme son « album le plus personnel ». Récompensé de nombreux prix, dont celui de meilleure BD de l’année pour le magazine Lire, il raconte la vie des survivants et de leurs enfants sur des terres hautement contaminées. « Avant de partir, je me faisais l’image d’un lieu sinistre, sombre, et paradoxalement c’est la vie qui va me saisir, à travers la beauté des lieux et une humanité incomparable », se remémore Emmanuel Lepage. Une expérience au cours de laquelle il raconte l’ineffable. « La BD permet cela. Le dessin dit quelque chose, le texte dit autre chose, et la vérité de l’histoire est dans l’entre-deux…».

Le prix France Info en 2015

Toujours dans la même veine du reportage, il publie en 2014, avec son frère, le photographe François Lepage, La lune est blanche, récit d’une mission scientifique en Antarctique qui obtiendra notamment le prix France Info 2015. « J’aime surtout dessiner en voyage plus que le voyage lui-même, conclut Emmanuel Lepage, car ça bouscule ma façon de faire qui pourrait autrement se scléroser. Je me dis qu’il doit y avoir quelque part une histoire. Il faut que je la trouve. Avec le carnet de voyage, on est pris par le temps, c’est très excitant car ça invite à penser le dessin différemment ».

Côtes d'Armor magazine numéro 169

Article issu du n°
169
de Côtes d’Armor magazine

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